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lunes, 13 de febrero de 2012

Le Voleur de Morphine en el blog Le Clavier Canibale

Ça se passe en Corée,c’est-à-dire nulle part. La guerre fait rage et bien pire encore. Deux soldats– le géant colombien Wilson Reyes et son pote maigrichon Bentley – apprennentl’ennui et la survie en s’efforçant de ne pas trop salir leur âme. On est en53. On est surtout dans un roman fiévreux et incantatoire, qui, s’il rappellepar certains aspects le mythique Abattoir 5 de Vonnegut, opère sur le lecteurcomme une drogue indispensable. L’écriture de Sandoval a un petit quelque chosede vollmannien dans sa volonté ininterrompue de saturer le texte d’imagesinédites, stellaires, vibratiles, qui font appel à tous les sens et dérèglent l'imagination. Le rêve, l’illusion, la mélancolie se liguentpour travailler la pâte des phrases et nous entraîner avec elle dans uneimmersion totale. Fascination : telle est le maître mot de l’entreprise.
Sandoval ne lâche pas sonlecteur, il l’entraîne dans des méandres qu’il sait autant extérieursqu’intérieurs et, en conteur avisé, se livre à une stupéfiante cartographie dela guerre : ses attentes, ses trous noirs, ses frontières poreuses. Fortde son style à la fois simple et volcanique, patient et incandescent (unéquilibre pour le moins virtuose…), Sandoval peut dès lors nous baladerpartout, avec la désinvolture intimiste d’un Fresan, il peut nous donner enpâture les plus sombres ou les plus lumineuses couleuvres, il peut nous édifiersur un texte d’Edgar Poe, sur les origines cotonneuses des anesthésiants,l’unicité du flocon de neige, il peut même tente de nous faire croire que letexte que nous lisons n’est pas de lui mais d’un certain S. K. Caplan, mort àBogota en 97, auteur américain de cet unique roman… La fin du livre offred’ailleurs un retournement, un déboîtement singulier, auquel on n’est pas forcéd’adhérer, tant la réussite du livre tient dans la magie de son écriture.
Roman de l’oubli et de ladouleur, de la quête sans objet et de l’impossible cristallin, traversé par desexplosions, des horreurs, des compassions, des perditions – mais aussi etsurtout roman des visions et des disparitions. Il y est question d’une ampoulequi ne s’est pas éteinte depuis un siècle, d’une femme qui capte directementdans son cerveau les hymnes de la propagande, d’un gamin qui détrousse lescadavres pour se gorger de morphine, d’enterrement prématuré…
Une petite merveille venue d’Andalousie,par un des tenants les plus prometteurs de la nouvelle garde espagnole. Onattend avec impatience, donc, la traduction de son premier roman, Boxeo sobre hielo.
http://towardgrace.blogspot.com/2012/02/sandoval-en-route-vers-lether.html

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